Si tu cherches des autrices québécoises à lire, ce texte te propose une sélection qui va bien au-delà du simple “coup de cœur”. L’idée, ici, est de t’aider à repérer des voix fortes, des univers marquants et des œuvres qui valent vraiment le détour, que tu aimes la poésie, la BD, le théâtre ou le roman. Concrètement, tu vas découvrir plusieurs créatrices majeures, avec des repères clairs pour comprendre ce qui fait leur singularité et par quoi commencer si tu veux les lire sans te tromper.
L’essentiel a retenir : cette sélection met en avant cinq autrices québécoises aux univers très différents, mais toutes fortes et singulières.
- Sarah Berthiaume mêle théâtre, humour, réalisme magique et critique sociale.
- Mélodie Vachon Boucher relie dessin, texte et introspection dans une BD très sensible.
- Erika Soucy écrit une poésie ancrée dans le réel, le chantier et la Côte-Nord.
- Marjolaine Beauchamp propose une poésie brute, incarnée et puissante.
- Karoline Georges explore la science-fiction, l’aliénation et le rapport au corps.
- Si tu veux commencer, choisis l’autrice selon ton envie du moment : théâtre, BD, poésie ou roman.
Sarah Berthiaume
Si tu aimes les textes qui se lisent avec plaisir tout en laissant une vraie trace, Sarah Berthiaume est une autrice à retenir. Son écriture a quelque chose de direct, de vivant, presque insolent, mais sans jamais perdre en profondeur. Dans Villes mortes, elle propose des histoires intimes portées par une voix très libre, souvent drôle, parfois grinçante, toujours juste. C’est précisément ce mélange qui la rend si efficace : tu entres facilement dans ses pièces, puis tu te rends compte qu’elles soulèvent des questions bien plus larges sur l’exil, l’identité, le déracinement ou la place qu’on occupe dans le monde.
Dans Yukonstyle, par exemple, le voyage en greyhound d’une jeune femme qui quitte le Québec devient bien plus qu’un simple déplacement : c’est une fuite, une rupture, une tentative de se reconstruire ailleurs. L’écriture de Berthiaume fonctionne souvent comme ça, avec des situations concrètes qui ouvrent sur quelque chose de plus grand. On y trouve aussi un réalisme magique très assumé, qui donne à ses pièces une texture particulière. Concrètement, si tu cherches du théâtre contemporain qui reste accessible tout en étant ambitieux, elle fait clairement partie des autrices à lire.
Ses œuvres plus récentes, comme Antioche et Nyotaimori, montrent aussi à quel point elle sait faire dialoguer les époques et les enjeux actuels. Dans Antioche, elle fait entrer Antigone dans un cadre scolaire moderne, ce qui crée un décalage très fort et très intelligent. Dans Nyotaimori, elle interroge notre rapport au travail, à la consommation et à l’asservissement. Dans la pratique, ce sont des pièces qui parlent autant au lecteur qu’au spectateur, parce qu’elles partent d’une idée claire et la poussent jusqu’au bout.
Mélodie Vachon Boucher
Mélodie Vachon Boucher est le genre d’autrice qu’on découvre souvent par fragments, puis qu’on a envie de suivre de près. Si tu es sensible aux formes hybrides, à la BD intimiste et aux démarches de création très personnelles, tu risques d’être rapidement accroché. Son univers circule entre dessin, collage, photographie et écriture, avec une vraie cohérence esthétique. Sur son compte Instagram, elle montre d’ailleurs un laboratoire vivant, ce qui permet de comprendre son travail comme un processus plutôt que comme un simple résultat final.
Son album Le meilleur a été découvert loin d’ici est particulièrement parlant. On y traverse le deuil, le recueillement, le silence et la solitude, mais sans lourdeur artificielle. Ce qui frappe, c’est la délicatesse du trait et la manière dont l’image accompagne le texte sans l’écraser. En pratique, cela donne une lecture très sensible, presque tactile, où chaque page semble pesée avec soin. Si tu traverses une période de perte ou si tu cherches une BD qui parle de l’intime avec finesse, c’est une porte d’entrée idéale.
Elle est aussi connue pour Les trois carrés de chocolat, une œuvre plus frontale sur un passé d’abus, ainsi que pour La chamade et Livre de peine. Ce qui relie ces livres, c’est une même capacité à faire coexister fragilité et tenue, douceur et intensité. Dans les faits, son travail montre qu’une BD peut être à la fois très personnelle et très construite, sans jamais tomber dans l’effet gratuit.
Erika Soucy
Erika Soucy est une autrice qui s’ancre dans le réel, dans la langue et dans un territoire très identifiable. Si tu veux lire une voix qui sent le chantier, la Côte-Nord, les équipes de travail et les vies en marge des grands discours, elle mérite vraiment ton attention. Son roman Les murailles est un bon point d’entrée, parce qu’il t’emmène dans l’univers des travailleurs du chantier La Romaine avec un joual maîtrisé, drôle et précis. On y découvre l’envers du décor : les absences, la fatigue, les routines, les bars de chantier, les liens entre hommes, mais aussi tout ce que cela implique pour celles et ceux qui restent à la maison.
Ce qui fonctionne très bien chez Soucy, c’est sa capacité à faire sentir la matière du quotidien. Elle ne romantise pas le travail : elle le montre dans sa rudesse, ses codes, ses répétitions et ses petites échappées. Concrètement, cela donne un texte très incarné, où l’on comprend immédiatement comment vivent les personnages. C’est aussi ce qui rend sa poésie intéressante : Priscilla en hologramme garde cette même énergie, avec une dimension plus nostalgique et plus poétique, mais sans perdre le contact avec le réel.
Si tu hésites sur par quoi commencer, Les murailles est probablement le choix le plus évident pour saisir son univers. Ensuite, sa poésie permet d’entrer dans une autre facette de son écriture, plus libre, plus musicale, mais toujours ancrée dans une expérience concrète. Dans la majorité des cas, c’est ce type d’autrice qu’on relit pour sa langue autant que pour ce qu’elle raconte.
Marjolaine Beauchamp
Marjolaine Beauchamp est une poète qui ne cherche pas à lisser le réel. Au contraire, elle le prend de face. Si tu aimes une poésie qui frappe, qui serre, qui dit les choses avec une intensité presque physique, tu vas comprendre très vite pourquoi elle marque autant. Son premier recueil, Au plexus, a déjà installé cette voix-là : une langue qui scalpe, qui percute, qui ne s’excuse pas d’être frontale.
Avec Fourrer le feu, elle confirme cette puissance. Les textes parlent de relation malade, de maternité, de naissance, de désir, de violence parfois, mais toujours avec une précision qui évite le flou. On constate souvent que ce type de poésie fonctionne parce qu’elle ne cherche pas à “faire joli” : elle cherche à dire vrai. Et c’est exactement ce que fait Beauchamp. Ses vers peuvent être très courts, très simples en apparence, mais ils laissent une empreinte durable.
Son parcours de slameuse explique aussi cette tension dans le rythme et dans l’adresse. Elle sait tenir une salle, faire entendre une voix, donner du poids à chaque mot. Sa pièce M.I.L.F. prolonge cette énergie dans un autre format. Si tu rencontres souvent des textes poétiques trop abstraits ou trop décoratifs, son œuvre peut vraiment te réconcilier avec une poésie plus charnelle, plus directe et plus habitée.
Karoline Georges
Karoline Georges occupe une place à part dans le paysage littéraire québécois. Si tu aimes la science-fiction, les mondes fermés, les univers futuristes et les questions sur l’identité, le corps ou l’image, tu es clairement dans sa zone de force. Son roman Sous béton imagine une famille enfermée dans un appartement situé au 5969e étage d’une tour à logements. Rien que ce point de départ dit déjà beaucoup : l’enfermement n’est pas seulement physique, il est aussi mental, social et symbolique.
Dans ses romans, Karoline Georges travaille souvent l’idée de déshumanisation. Les personnages semblent pris dans des systèmes qui les dépassent, qu’il s’agisse de la verticalité extrême de Sous béton ou du rapport à l’image dans De synthèse. Dans ce dernier, une ex-mannequin évolue dans un futur proche où l’Internet, les avatars et les univers parallèles brouillent les frontières entre le corps réel et l’identité numérique. Ce que cela change pour toi, lecteur, c’est que ces livres ne sont pas seulement “futuristes” : ils parlent très directement de nos usages actuels, de notre rapport aux écrans, à l’apparence et à la construction de soi.
Son travail est particulièrement intéressant si tu cherches une science-fiction littéraire, plus psychologique que spectaculaire. Dans la pratique, elle ne mise pas sur l’action pure, mais sur l’idée, l’atmosphère et la tension intérieure. C’est souvent là que ses romans prennent toute leur force.
Comment choisir par quelle autrice commencer ?
Si tu veux aller à l’essentiel, le plus simple est de choisir selon ton envie du moment. Tu cherches du théâtre contemporain vivant et intelligent ? Commence par Sarah Berthiaume. Tu veux une BD sensible, intime, visuelle et très personnelle ? Mélodie Vachon Boucher est un excellent point de départ. Tu préfères une écriture ancrée dans le territoire, le travail et la langue parlée ? Erika Soucy te parlera probablement davantage. Si tu veux une poésie brute, nerveuse et très incarnée, Marjolaine Beauchamp est la bonne porte d’entrée. Et si tu es attiré par la science-fiction littéraire et les récits sur l’identité, Karoline Georges s’impose naturellement.
Concrètement, il n’y a pas une seule “bonne” façon d’entrer dans cette sélection. Le plus utile, c’est de partir de ce que tu cherches : un texte qui remue, une lecture qui apaise, une œuvre qui questionne ou un univers qui te sort de tes habitudes. C’est souvent comme ça qu’on découvre les autrices qui nous restent vraiment en mémoire.
Ce qu’il faut retenir de cette sélection
Ce qui relie ces cinq autrices, malgré des formes très différentes, c’est une vraie puissance d’écriture. Elles ont chacune une voix reconnaissable, un territoire littéraire fort et une manière très concrète de faire sentir le monde. Dans les faits, c’est ce qui distingue une simple lecture agréable d’une œuvre qui compte vraiment : tu sors du livre avec des images, des phrases, des sensations et parfois même une façon nouvelle de regarder le réel.
Si tu veux élargir ta bibliothèque avec des autrices québécoises qui ont du fond, du style et une vraie présence, cette sélection est une très bonne base. Et si tu hésites encore, le plus simple est de commencer par l’univers qui te ressemble le plus aujourd’hui. C’est souvent le meilleur moyen de créer une vraie rencontre avec une autrice.
Bonne lecture!
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Source photo couverture
FAQ
Qui est Sarah Berthiaume ?
Sarah Berthiaume est une autrice et dramaturge québécoise reconnue pour son théâtre contemporain, son humour insolent et ses récits souvent traversés par le réalisme magique. Ses pièces comme Villes mortes, Yukonstyle, Antioche et Nyotaimori montrent une écriture vive, accessible et très actuelle.
Qu’est-ce qui distingue Mélodie Vachon Boucher ?
Mélodie Vachon Boucher se distingue par une œuvre hybride qui mêle dessin, collage, photographie et écriture. Son album Le meilleur a été découvert loin d’ici aborde le deuil et la solitude avec beaucoup de délicatesse, tout en gardant une vraie force visuelle.
Pourquoi lire Erika Soucy ?
Erika Soucy vaut la lecture pour sa langue ancrée dans le réel, son humour et sa capacité à faire sentir le quotidien des travailleurs et des gens de la Côte-Nord. Son roman Les murailles et son recueil Priscilla en hologramme montrent une écriture à la fois concrète et très expressive.
En quoi Marjolaine Beauchamp est-elle une poète importante ?
Marjolaine Beauchamp est une poète importante parce qu’elle écrit une poésie brute, intense et très incarnée. Ses recueils Au plexus et Fourrer le feu frappent par leur justesse, leur rythme et leur capacité à dire la violence, le désir ou la maternité sans détour.
Quel livre de Karoline Georges lire en premier ?
Le plus simple pour commencer avec Karoline Georges est souvent Sous béton, parce qu’il pose très clairement son univers d’enfermement et de science-fiction littéraire. Si tu veux une œuvre plus tournée vers l’image, le corps et le numérique, De synthèse est aussi un excellent choix.
