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nous serons éternels

C’est dans l’intimité propre au théâtre La Chapelle que Nous serons éternels emporte le spectateur dans une transe printanière. Tantôt décrochés, tantôt incarnés, les mots de Shakespeare ne sont ici pas du tout vieillots. Abordant les thèmes universels de l’amour, de la luxure et de l’intemporalité, Les Sonnets de Shakespeare offrent matière à réflexion. C’est avec une sensibilité résolument contemporaine que le metteur en scène Patrick R. Lacharité (La Fratrie) en tire l’essence dans cette création audacieuse.

L’essentiel a retenir : cette création revisite Shakespeare avec une énergie très actuelle, portée par 14 interprètes, une esthétique chorale et une mise en scène sensorielle.

  • Les Sonnets de Shakespeare sont relus à travers le prisme du désir, de l’amour et du temps.
  • La pièce repose sur un ensemble de 14 comédien.nes qui avancent comme un seul corps.
  • Le spectacle mêle théâtre, danse, chœur et ambiance électro-kitsch.
  • La question centrale n’est pas seulement l’éternité, mais ce qu’elle implique pour nous.
  • La scénographie construit des tableaux symboliques, parfois énigmatiques, toujours expressifs.
  • Le spectacle met en avant la vulnérabilité humaine, le lien entre les corps et la jeunesse.

Une relecture contemporaine des Sonnets de Shakespeare

Si tu te demandes ce que cette création apporte de nouveau à Shakespeare, la réponse est simple : elle ne cherche pas à le “moderniser” artificiellement, elle cherche plutôt à faire résonner ce qui est déjà profondément contemporain dans son écriture. Dans les faits, les sonnets parlent d’attachement, de désir, de jalousie, de beauté, de peur de perdre, et surtout de cette obsession très humaine pour ce qui dure. C’est précisément là que Nous serons éternels trouve sa force.

Patrick R. Lacharité ne traite pas les vers comme un monument figé. Il les fait circuler dans le corps des interprètes, dans le souffle collectif, dans des gestes qui donnent du relief aux mots. Ce choix change tout : au lieu d’un Shakespeare lointain, tu vois apparaître un Shakespeare vivant, physique, presque instinctif.

Un spectacle choral porté par 14 interprètes

Sur scène, 14 comédien.nes bougent avec la même respiration, le même langage corporel et ce même désir d’être là, d’être ensemble, pour toujours. Concrètement, ce n’est pas seulement un effet de groupe : c’est une manière de faire sentir l’élan collectif, l’envie d’exister plus fort à plusieurs que seul.

Dans la pratique, ce type de dispositif choral crée une tension très intéressante. D’un côté, le groupe donne une impression de puissance, presque d’unité organique. De l’autre, chaque présence individuelle continue de chercher sa place, son intensité, sa singularité. C’est ce frottement qui nourrit la pièce.

Ce que cela implique pour toi en tant que spectateur, c’est une expérience moins narrative qu’émotionnelle et sensorielle. On ne suit pas seulement une histoire linéaire : on traverse un état, une pulsation, une manière d’habiter le présent.

Une mise en scène entre théâtre, danse et électro-kitsch

L’un des grands intérêts de Nous serons éternels, c’est son mélange assumé des langages scéniques. Le spectacle ne se limite pas à la parole : il convoque la danse, le chœur, des ambiances électroniques et une forme de kitsch qui n’a rien d’accidentel. Au contraire, cet assemblage donne au spectacle sa couleur.

En pratique, ce mélange permet d’éviter deux pièges fréquents dans l’adaptation de Shakespeare : l’austérité et le musée. Ici, les mots ne sont pas sacralisés au point de devenir inaccessibles. Ils sont pris dans un mouvement, une énergie, une matière vivante qui les rend immédiatement perceptibles.

Si tu aimes les propositions scéniques qui osent le contraste, tu reconnaîtras sans doute cette logique : l’émotion passe autant par le rythme, la lumière et le corps que par le texte lui-même. C’est souvent ce qui rend une création mémorable.

Des tableaux symboliques qui parlent du désir et de la vulnérabilité

Soutenus par une scénographie éclectique, une série de personnages défilent sous le regard d’un aristocrate élisabéthain au look étrangement contemporain, se délectant du haut de son trône; une muse se couvrant d’argile, un couple se chamaillant, un acteur imbu de lui-même passionné par l’univers shakespearien, puis une femme tentant de noyer sa douleur d’un amour déchu dans la bassine de son jardin avant de s’enterrer vivante sous un lit de fleurs.

Ces images peuvent sembler énigmatiques, mais elles sont très parlantes dans leur logique. Elles mettent en scène des états humains reconnaissables : l’orgueil, la passion, la peine, la fuite, le besoin d’être vu, le besoin d’aimer et d’être aimé. C’est là que la pièce devient plus large que Shakespeare : elle parle de nous, de nos contradictions, de notre besoin de laisser une trace.

On constate souvent que les tableaux les plus marquants sont ceux qui n’expliquent pas tout. Ils laissent au spectateur un espace d’interprétation. Ici, ce flou est une force, parce qu’il invite à ressentir avant de vouloir comprendre intellectuellement.

Pourquoi cette création résonne encore aujourd’hui

Nous serons éternels pose une question très simple, mais essentielle : veut-on vraiment être éternel? Et si oui, à quel prix? Dans la majorité des cas, ce type de question touche parce qu’il dépasse le théâtre. Il parle de nos relations, de notre rapport au temps, de notre peur de disparaître et de notre désir de compter pour quelqu’un.

Le spectacle touche juste parce qu’il relie l’intime et l’universel. Il parle d’amitié, de désir, de jeunesse, de groupe, de mémoire. Il rappelle aussi que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais un moteur dramatique puissant. C’est souvent dans cette fragilité que naît l’émotion la plus durable.

Si tu hésites encore à découvrir ce type de proposition, retiens ceci : ce n’est pas une pièce qui cherche à impressionner par la démonstration. Elle cherche plutôt à créer une expérience sensible, à la fois élégante, physique et un peu fiévreuse.

Ce qu’il faut retenir avant d’aller voir le spectacle

Dans la pratique, Nous serons éternels s’adresse particulièrement aux spectateurs qui aiment les formes hybrides, les relectures contemporaines de classiques et les spectacles où le sens passe autant par l’image que par la parole. Si tu es dans cette situation, tu y trouveras probablement une proposition riche, stimulante et très actuelle.

À l’inverse, si tu cherches une narration classique, linéaire et très explicative, tu peux être davantage déstabilisé par la structure en tableaux et par le langage plus poétique. Ce n’est pas un défaut du spectacle, mais une donnée importante pour savoir à quoi t’attendre.

À voir jusqu’au 28 avril 2019 à La Chapelle. Pour plus d’info, c’est ICI.

Par Sandra Nadeau-Paradis et Virginie M-Laporte

FAQ

Qu’est-ce que Nous serons éternels ?

Nous serons éternels est une création scénique inspirée des Sonnets de Shakespeare. Elle revisite les thèmes de l’amour, du désir et de l’intemporalité à travers une mise en scène contemporaine et chorale.

Qui a mis en scène Nous serons éternels ?

Le spectacle est mis en scène par Patrick R. Lacharité, de La Fratrie. Il en propose une lecture sensible et actuelle, centrée sur le corps, le groupe et la résonance des mots.

Quels thèmes sont abordés dans Nous serons éternels ?

La pièce aborde l’amour, la luxure, le temps, la vulnérabilité humaine et le désir de laisser une trace. Elle s’intéresse aussi au lien entre jeunesse, amitié et besoin d’exister ensemble.

Pourquoi les Sonnets de Shakespeare fonctionnent-ils encore aujourd’hui ?

Les Sonnets fonctionnent encore aujourd’hui parce qu’ils parlent d’émotions très actuelles. Ils explorent des tensions universelles comme l’attachement, la peur de perdre et la quête d’éternité.

Quelle est la particularité de la mise en scène ?

La mise en scène mêle théâtre, danse, chœur et esthétique électro-kitsch. Ce mélange donne au spectacle une énergie physique et une dimension sensorielle très marquée.

Le spectacle est-il facile d’accès pour quelqu’un qui connaît peu Shakespeare ?

Oui, le spectacle reste accessible même si tu connais peu Shakespeare. L’approche est avant tout sensorielle et émotionnelle, ce qui permet d’entrer dans l’œuvre sans connaissances préalables.


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