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Je lui ai acheté un chocolat chaud et une patate – Par Noémie Doyon

Hier soir, je mets mon cadran à 6h00. Ce matin je me réveille à 6h05, puis me rendors à 6h10. À 6h15, je quitte mon lit.

Et à 6h20, je réveille Hubert.

 – Hubert… Hubert… Hubert réveille-toi…

 – Mmmhh… mhmmhooooonnn…

 – Oui, oui, enweye! S’il te plaît, mon amour…

 – Mmmhhhh… OK, mais gratte mon dos.

 – C’est bon. Mais 5 minutes. Pas plus.

Je lui gratte donc le dos, 5 minutes, pas plus. Il s’assoit sur le lit, en indien, s’enveloppe dans ma grosse douillette rouge. Hubert sourit les yeux fermés. C’est qu’il fait toujours ça, le matin, je sais pas trop pourquoi. Je suppose que c’est dur et doux de se lever le matin et de se rappeler qu’on est musicien.

Je m’habille et lance à Hubert ses pantalons jaune moutarde, sa ceinture et son t-shirt.

 – Habille-toi, vite, je vais être en retard.

 – Y est quelle heure?

 – Neuf heures.

Je mens, il est 6h30.

Hubert, on peut lui mentir, mais pas sur les choses importantes.

Et là, c’est pas important. Ben, peut-être. Peut-être un peu.

Je mets mon manteau, il met le sien. Je le force à mettre un foulard. Il veut rien savoir, mais le met quand même parce que je l’embrasse et quand je l’embrasse il oublie tout, même les foulards.

On entre dans la voiture. Hubert fait une remarque.

 – Il fait noir.

 – Oui, mais c’est l’hiver.

 – Il fait froid.

 – Oui, mais c’est l’hiver.

Il est drôle quand il est fatigué. Il marche en chaloupant.

Je démarre la voiture. On roule. Hubert regarde par la fenêtre. Il devine rien, jusqu’à ce que j’éteigne le moteur.

 – Qu’est-ce tu fais?

 – Ben on va déjeuner.

 – Hein?

 – Ben oui! Enweye on va triper.

Il sourit plus qu’au complet.

On entre dans le Normandin, la serveuse pointe une banquette. Comme d’habitude, Hubert change le napperon et les ustensiles de place. Il comprend pas pourquoi on devrait s’asseoir face à l’amoureuse. C’est loin, quand on peut être à côté.

Je nous regarde d’en haut, grâce à un miroir installé au plafond. Je nous trouve beaux, chanceux, amoureux, quotidiens et extraordinaires en même temps. C’est bon d’aimer quand c’est cuit juste à point.

Hubert interrompt mes pensées en commandant un chocolat chaud et une patate. La serveuse repart. Il m’embrasse, me dit déjà merci. Je trouve qu’il demande pas grand-chose.

Hubert demande jamais grand-chose.

Alors, on parle.

On paye.

Et puis, on part.

Mais on arrive devant chez lui.

Et je dois partir. Faut que j’aille à l’école. J’ai cours. Je vais être en retard. En plus, je dois arrêter à la bibliothèque.

Quand même, on prend le temps de s’embrasser.

Sauf que je dois partir.

Il dit qu’il m’aime.

Je dis que je l’aime aussi, mais que je vais être en retard.

Il répète qu’il m’aime.

Je dis que je dois arrêter à la bibliothèque.

Il sort doucement de la voiture. Et je regarde dans le rétroviseur. Il est là. Comme toujours. Il attend. Debout dans l’hiver.

Pour la première fois, je sors. Je cours vers lui, sur la glace et je l’embrasse.

 – On va écouter Downton Abbey?

 – Mais tu vas être en retard!

 – On s’en fout. Viens.

Alors on est entré. On a pris toutes les couvertures et on s’est couché. On s’est bien installé. On a écouté Downton Abbey et autre chose aussi.

C’est que ça arrive pas souvent, de voir le grand amour dans le rétroviseur.

Ça fait perdre la raison.

Et autre chose aussi.

Alexe Raymond, réviseure.

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