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La Voix: mon coming out

Je pourrais vous parler de la polémique du blackface, du passé sordide de Claude Jutra ou du conflit Uber ou de la blogueuse qui arrive à atteindre le climax avec un bébé au sein. Je m’apprête cependant à aborder un sujet beaucoup plus controversé, polarisant et sensible… J’avoue avoir les mains qui tremblent et la tête qui tourne. Les lettres dansent littéralement devant mon clavier. J’ai repoussé ce moment avec la plus grande ferveur. Je suis sur le point de m’attaquer à un monument, un véritable raz-de-marée, l’émission chouchou des Québécois, le rendez-vous dominical de l’hiver. Difficile de commenter la télévision sans aborder le phénomène de La Voix.

Commençons par le début : j’ai regardé la première saison du célèbre concours de popularité chant sans ne jamais rater un rendez-vous. Valérie Carpentier avait réussi à m’aspirer dans son vortex de charisme et à m’hypnotiser chaque semaine avec des performances mémorables et un charme indéniable. J’ai encore du mal à m’expliquer comment elle pouvait être à la fois si timide et, une fois armée d’un micro à la main, se transformer en une bête de scène qui commande toute l’attention. J’ai presque l’impression de l’avoir vu devenir une femme.

Puis, arrive la deuxième saison. Tout a changé. La mouche du cynisme semble m’avoir piquée. Je regarde l’émission avec un certain recul et je n’arrive plus à tolérer l’animation infantilisante de Charles Lafortune, les histoires de plus en plus dramatiques des candidats, les commentaires inutiles des coachs et les applaudissements exagérés du public probablement commandés par un animateur de foule sur les speeds. Je commence à tromper @CharLaf avec Guy A. Lepage, mais Yoan arrive à me faire tenir jusqu’à la fin, non par amour du country, mais pour sa belle gueule, son assurance et son sex-appeal. J’aurais tout donné pour être un cure-dent et me retrouver entre ses lèvres à me faire mâchouiller le bout de bois.

Je passe la troisième saison sur internet, regardant uniquement les performances vocales de peur de manquer un grand moment télévisuel. Et si jamais une participante arrivait à monter de deux octaves le Anymoooooooooooooooooooooooooooooooooore de Céline Dion pendant All by myself? Ou si, lors d’un pépin technique légendaire, on entendait un technicien en régie s’esclaffer à son collègue qui mange son sandwich au baloney: « Check-y donc les boules, à elle ! »? Kevin Bazinet ne me fait aucun effet. Je crois que c’est la fin entre La Voix et moi.

Quatrième saison, je laisse à l’émission une ultime chance de me reconquérir. La tâche ingrate revient à Anna-Kim Léveillée. Elle interprète petit papillon de sa voix rauque et monotone, la performance figée et robotique d’une chanson qui s’apparente davantage à une comptine pour enfants qu’à une audition pour devenir la prochaine grande chanteuse du Québec. Tous les goûts sont dans la nature, puisque Pierre et Ariane se retournent. Je soupçonne alors TVA de trafiquer le système d’aqueduc de la province en y insérant une substance hallucinogène qui a pour but de modifier le système nerveux central et d’inciter à s’émerveiller devant le médiocre. Je pourrai confirmer mes soupçons quand je verrai ma voisine d’en face faire une ovation debout en applaudissant son mari qui se gargarise la bouche avec de l’eau et du sel en raison d’une vilaine amygdalite. D’ici là, je souhaite à Travis Cormier et David Latulippe la meilleure des chances…peace out.

La Voix me réservait une surprise de taille en revenant à la charge avec l’annonce de la version junior du programme. J’ai dû relire la nouvelle afin de bien comprendre. On parle ici de L’école des fans, right? La petite émission de variétés adorable animée par un jeune Charles Lafortune svelte et au sommet de sa gloire? Non, on lance bel et bien des enfants de 7 à 14 ans sous les feux de la rampe. Pourquoi? L’annonce le dit, parce qu’il n’y a pas d’âge pour suivre sa voie voix. Désolé de te contredire, Charles, mais tu fais erreur. Un petit bonhomme de 7 ans n’a pas besoin d’aller chanter à la télé, poussé par des parents qui vivent un rêve par procuration, se faire rejeter devant la province en entier et retourner à l’école se faire tabasser par des élèves jaloux de sa popularité éphémère. Je dramatise fortement, mais je ne vois pas la pertinence d’une telle émission. Entre toi et moi, c’est quand la dernière fois que tu t’es précipité pour acheter le CD d’un enfant, de toute façon? Suis-tu encore la carrière des participants de Mixmania? Mixmaquoi???

Tu te souviens de Carolyne Drolet? Ancienne participante de la première saison, elle relatait à l’émission Banc Public les douloureuses conséquences de la célébrité instantanée et l’énorme remise en question qu’elle a traversée lorsque le rideau est finalement tombé sur son rêve lors des duels, exposant parfaitement la nécessité d’avoir l’échine bien solide avant de se jeter dans l’arène du jugement. De plus, les enfants vedettes n’ont pas tous un parcours de rêve, ils sont exposés à une industrie sans pitié, des individus parfois opportunistes et un entourage qui les préservent dans une bulle stérile ne reflétant en rien la vraie vie.

L’enfance, ça sert à se fendre les deux genoux sur l’asphalte après une débarque en bicyclette. C’est rentrer quinze minutes plus tard que le couvre-feu et faire capoter ses parents qui te croyaient dans la fourgonnette d’un pédophile. C’est pleurer la mort du chien familial pendant une fin de semaine. C’est tenir la main d’une fille dans la cour d’école et te sentir comme le roi du monde. C’est se faire rater la tête par sa mère qui se prend pour une coiffeuse la veille de la photo scolaire. C’est perdre connaissance dans le gymnase de l’école en te faisant vacciner. L’enfance, c’est précieux et ça ne revient jamais. Je voudrais juste que tu y penses à deux fois, avant d’inscrire ton enfant à La Voix.

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