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Les petites choses simples – Par Ariane Lessard

(Génération Speed Stick suite…)

Il y a des gens qui pensent que pour vivre une vie heureuse, il faut être riche. Et il y a moi. Il y a ceux qui pensent qu’il faut sortir dans des bars guindés (oui des fois, pour rire un peu des gens, mais pas trop souvent). Et il y a moi. Il y a, finalement, les gens qui ont toujours besoin de s’entourer de dix mille personnes pour être heureux les soirs d’été. Et il y a moi, qui passe souvent le temps avec des personnes que j’apprends à connaître comme des sœurs, frères, avec qui je parle de passions autant que de caca. Passer le temps avec ces personnes sans se juger (ou si peu), ça permet de faire toutes sortes de choses que la vie en société t’avait fait refouler. Par exemple…

Chose un : faire des dessins. Avec mon amie Janvier, j’ai retrouvé le goût de manier le crayon. Genre chiller ensemble, ça veut dire écouter des vinyles douteux sur sa table tournante en dansant des fois (j’y reviendrai) pis en faisant des dessins sur sa table ronde qui elle, ne tourne pas (joke de forme). On dessine des maisons, des BD, des bebittes, des humains, des oiseaux… Depuis que je me suis remise à l’art plastique, je sens que mon cerveau roule bien, que ma créativité s’est comme réactivée pis ça m’occupe, tsé. Je crée pis ça m’occupe. Normalement, j’écris, c’est plus abstrait. Là, c’est devant moi, le résultat est immédiat pis après je les colle sur les murs de mon appart et les gens croient que j’ai plein de neveux et de nièces.

Chose deux : danser. J’avais dit que j’y reviendrais et je suis une femme de parole. Alors oui, danser. Tsé si je me lève le matin pis qu’y passe d’la musique latino à la radio, c’est automatique que je rêve d’aller dans un bar de salsa le soir, mais je connais personne d’assez game ou avec aussi peu d’amour propre que moi pour aller faire des stepettes sur un dancefloor bondé de chauds la(p/t)ins. Autrement oui, avec Janvier, mais surtout avec Gab, on danse sur des trucs à la maison pis on rit, pis on pleure, pis on s’essouffle. C’est fatigant la danse, mais la vraie là, la déchaînée; c’est un peu comme un cours de zumba, mais sans spandex pis avec des gens que tu apprécies pour de vrai.

Affaire 3 : marcher. Je me rappelle qu’avec ma famille on avait l’habitude des promenades. Genre on partait de chez nous pas loin du parc d’Aubigny à Lévis pis on descendait à Lauzon en passant devant l’Marotte et Samson pis le vieux Chocolats Favoris (avant que ça devienne ultra consumériste), pis en face du fleuriste ésotérique comme on se plaisait à l’appeler, finalement on croisait le chantier Davie pis on revenait par les tites rues qui devenaient toutes des maudits culs-de-sac. Je me souviens que, toute ma vie, j’ai été jalouse des ados des films français parce qu’ils passaient des heures à table à parler avec leurs parents, frères, sœurs pis que chez nous, ça s’est vite défait comme tradition vu qu’on aimait pas mal ça regarder la télé. En fin de compte, je comprends aujourd’hui que nos soupers à nous c’était les promenades (nous, on appelait ça des marches). C’est là qu’on se parlait de toute. Là que j’ai dit à ma mom pour ma première fois, ma première rupture, ma deuxième fois, ma deuxième rupture, et cetera. Les marches, dans le fond, c’était juste plus facile parce qu’on n’avait pas à se regarder dans les yeux en parlant.

J’adore me promener à pieds : c’est long, c’est calme, ça me permet de me parler toute seule à voix haute (et moins fort quand je croise quelqu’un). J’aime ça l’hiver pour entendre crisser mes pattes sula neige froide, au printemps pour faire craquer la glace, l’été sous la pluie ou bien l’automne, comme bientôt, avec les feuilles qui sentent bonnes-pas bonnes, des bonnes feuilles humides-croquantes…

Les petites choses simples nous reconnectent avec l’essentiel, ces moments pendant lesquels la créativité invente avec du rien. À force de faire tout avec rien, on se rapproche de l’authenticité, on redevient nostalgique de la période où on se foutait vraiment de tout, celle où on le savait pas quand il fallait qu’on se mouche, ni que nos culottes pis notre gilet prefs, ben ensemble, c’était laite. On restait cutes, par exemple, parce qu’on se prenait pas au sérieux.

C’est ça, au fond, la clé : il faut accepter, des fois, de redevenir laite.

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