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P.O.R.N. : un labo pour [s']extraire [de] la pornoculture et ses dédales

Si tu cherches à comprendre P.O.R.N. : PORTRAIT OF RESTLESS NARCISSISM, il faut le lire comme une performance scénique et numérique qui brouille volontairement les frontières entre théâtre, écran, chat, autoportrait et culture web. Ici, Christian Lapointe et Nadia Ross ne racontent pas une histoire au sens classique : ils mettent en scène notre rapport aux interfaces, à l’attente de réponse, à la mise en ligne de soi et à la pornoculture qui imprègne désormais une grande partie de nos usages numériques.

Concrètement, cette création présentée au Musée de la Civilisation, dans le cadre du Mois Multi 2018, interroge ce que devient le lien humain quand tout passe par des logiciels, des filtres, des captures d’écran et des plateformes. Si tu es sensible aux formes hybrides, aux œuvres qui mélangent vidéo, performance et ironie critique, tu vas vite comprendre pourquoi ce travail marque les esprits.

L’essentiel a retenir : cette œuvre est une performance hybride qui critique la pornoculture et notre dépendance aux écrans.

  • Le spectacle mélange théâtre, chat en continu et culture web.
  • La mise en scène repose sur des interfaces numériques et des captures d’écran.
  • L’œuvre questionne l’autopromotion, l’attente de réponse et le narcissisme en ligne.
  • Le duo Lapointe-Ross explore la pornoculture comme phénomène esthétique et social.
  • La pièce assume une forme provocatrice, ironique et volontairement décalée.
  • La bande sonore et le montage rappellent la navigation désordonnée sur YouTube.
  • La performance refuse les codes traditionnels du théâtre classique.

Une performance qui détourne les codes du théâtre

Ce qui frappe d’abord, c’est que P.O.R.N. : PORTRAIT OF RESTLESS NARCISSISM ne cherche pas à ressembler à une pièce traditionnelle. Au contraire, l’œuvre assume une logique de laboratoire, avec un dispositif qui ressemble davantage à une expérience scénique sur le langage numérique qu’à une narration linéaire.

Dans la pratique, cela change beaucoup de choses pour toi en tant que spectateur : tu n’es pas là pour suivre une intrigue classique, mais pour observer comment les écrans, les échanges et les outils numériques façonnent nos comportements. C’est précisément ce déplacement qui donne sa force au projet.

Pourquoi cette approche fonctionne

Parce qu’elle colle à la réalité de nos usages. Aujourd’hui, on parle par messages, on s’observe via des filtres, on attend une réponse, on scrolle, on se compare, on se met en scène. Le spectacle prend ces gestes ordinaires et les pousse jusqu’à l’absurde pour en révéler les mécanismes.

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de montrer le web : il s’agit de montrer ce que le web fait à nos relations, à notre attention et à notre manière d’être au monde.

Le cœur du sujet : la pornoculture et la mise en scène de soi

Le texte source le dit clairement : Lapointe et Ross partent d’un constat selon lequel la pornoculture a envahi toutes les sphères de la société. Ici, le mot ne renvoie pas uniquement à la sexualité explicite, mais plus largement à une logique de mise en visibilité permanente, de surenchère, d’exposition et de désir de captation.

Concrètement, cela englobe des phénomènes comme le foodporn, le shoeporn, le toolporn ou encore la mise en ligne de soi. Dans la vie quotidienne, cela se traduit par des images léchées, des contenus ultra-séduisants et une esthétique de la performance qui finit par contaminer presque tout.

Ce que cela implique pour toi

Si tu es dans cette situation où tu publies, compares, consommes et réagis en permanence, tu te reconnais probablement dans ce diagnostic. L’œuvre t’invite justement à prendre un pas de recul : qu’est-ce qui relève du partage sincère, et qu’est-ce qui relève d’une logique de spectacle ?

Cette question est centrale, parce qu’elle touche autant la création artistique que nos usages des réseaux sociaux. Dans les faits, la frontière entre expression personnelle et mise en scène calculée devient de plus en plus floue.

Un dispositif numérique au plus près des usages réels

Le spectacle s’appuie sur des outils et des environnements très familiers : chat, PhotoBooth, iOS Santé, Final Cut Pro, YouTube, YouPorn, Wikipedia, Google Images. Ce choix n’est pas décoratif. Il ancre la performance dans des gestes que tu connais déjà, ce qui rend la critique plus immédiate et plus concrète.

Au lieu de représenter le numérique de manière abstraite, l’œuvre le fait apparaître dans sa banalité quotidienne. Et c’est justement cette banalité qui devient troublante, parce qu’elle révèle un monde où l’humain passe souvent derrière l’interface.

Dans la pratique, que regarde-t-on ici ?

On regarde des formes de présence fragmentée : quelqu’un écrit, attend, consulte, compare, découpe, filtre, rejoue. On regarde aussi la manière dont la technologie fabrique une temporalité particulière, faite d’impatience, de répétition et de disponibilité permanente.

Si tu rencontres ce problème de surcharge numérique, ce type d’œuvre peut agir comme un miroir. Elle ne donne pas de solution miracle, mais elle aide à nommer ce qui se passe.

Une relation scénique fondée sur l’attente et la réponse

L’un des ressorts les plus intéressants du projet, c’est la place donnée à l’attente. Le chat en continu met en scène une tension très contemporaine : attendre qu’un message arrive, qu’un signe apparaisse, qu’une réponse confirme l’existence de l’autre.

Dans la vie réelle, cette attente structure une grande partie des échanges numériques. On consulte l’écran, on relance, on interprète un silence, on imagine des intentions. L’œuvre transforme cette expérience ordinaire en matière dramaturgique.

Pourquoi c’est si parlant aujourd’hui

Parce que cette logique touche tout le monde, ou presque. Qu’il s’agisse de messagerie, de réseaux sociaux ou de plateformes vidéo, la réponse de l’autre devient un événement. Et quand elle ne vient pas, elle produit du vide, du doute, parfois même une forme d’obsession.

C’est là que le titre prend tout son sens : le “restless narcissism” n’est pas seulement l’amour de soi, c’est aussi l’agitation permanente d’un sujet connecté qui cherche sans cesse un retour.

Une esthétique de l’excès, du décalage et de la dissonance

Le texte insiste sur le caractère cynique, narcissique et parfois brutal de certaines scènes, notamment celle des deux marionnettes dinosaures. Ce choix peut surprendre, mais il est cohérent avec l’intention globale : pousser le geste jusqu’à l’extrême pour faire apparaître ce qui, autrement, resterait diffus.

Dans les faits, l’œuvre travaille la dissonance entre ce que l’on attend d’un échange humain et ce qui est montré. C’est précisément ce décalage qui crée l’effet de critique.

Erreur fréquente à éviter quand on lit ce type d’œuvre

On croit parfois qu’une œuvre numérique ou provocatrice cherche seulement à choquer. En réalité, ici, l’enjeu est plutôt de rendre visibles des habitudes devenues invisibles parce qu’elles sont quotidiennes. Le choc, s’il existe, sert surtout à réveiller le regard.

Si tu hésites encore sur la portée de la pièce, retiens ceci : elle ne parle pas seulement du web, elle parle de la manière dont le web réorganise nos affects, nos désirs et notre représentation de nous-mêmes.

Une filiation avec Antonin Artaud et le théâtre comme projection du réel

La citation d’Antonin Artaud n’est pas là par hasard. Elle permet de relier le travail de Lapointe et Ross à une conception du théâtre comme lieu où l’on matérialise ce qui est enfoui, obscur ou irrévélé.

Dans ce cadre, la performance ne consiste pas à raconter une fable, mais à faire émerger une réalité psychique et sociale à travers des formes concrètes : écran, voix, montage, bruit, attente, image. C’est une manière très contemporaine de prolonger une intuition théâtrale ancienne.

Ce que cela change pour le spectateur

Tu n’es plus seulement face à un spectacle à “comprendre”, mais face à un système à ressentir. Et cette dimension est essentielle, parce qu’elle permet de saisir la violence douce du numérique : une violence souvent invisible, mais bien réelle.

En pratique, c’est ce type d’approche qui donne à l’œuvre sa densité et sa persistance en mémoire.

Un spectacle qui assume sa dimension expérimentale

Le texte source évoque aussi l’absence de retour sur scène après les applaudissements, ce qui renforce l’idée d’un objet scénique qui refuse les codes rassurants du théâtre institutionnel. Ce détail est important : il signale une volonté de casser le rituel attendu pour mieux maintenir la tension conceptuelle jusqu’au bout.

On constate souvent que les œuvres les plus marquantes ne sont pas celles qui expliquent tout, mais celles qui laissent une trace, une sensation, une question. Ici, l’expérience repose sur cette logique.

À quoi t’attendre si tu vas voir ce type de performance

Attends-toi à une forme courte, dense, parfois déroutante, mais pensée avec précision. Attends-toi aussi à une bande sonore construite comme un flux, plus proche d’une navigation web imprévisible que d’une composition classique.

Si tu aimes les œuvres qui prennent le numérique au sérieux sans le traiter de façon décorative, tu trouveras ici une proposition particulièrement riche.

Les erreurs d’interprétation les plus courantes

La première erreur consiste à réduire l’œuvre à une simple provocation. Ce serait passer à côté de sa dimension critique et de son observation fine des comportements connectés.

La deuxième erreur, c’est de la lire uniquement comme une dénonciation de la pornographie. En réalité, elle parle autant de représentation de soi, de désir de visibilité, de dépendance aux flux et de transformation des relations humaines.

La troisième erreur, enfin, serait de chercher une morale simple. L’intérêt de la pièce est justement d’ouvrir un espace d’ambivalence : elle critique, elle expose, elle ironise, mais elle montre aussi à quel point nous sommes déjà impliqués dans ce qu’elle décrit.

En résumé : pourquoi cette œuvre compte

P.O.R.N. : PORTRAIT OF RESTLESS NARCISSISM est une performance qui capte très justement un basculement de notre époque : l’omniprésence des écrans, la mise en scène permanente de soi et la normalisation d’une culture de l’exposition. Si tu t’intéresses aux formes artistiques qui interrogent le numérique sans le simplifier, cette pièce mérite clairement ton attention.

Concrètement, elle t’aide à voir autrement ce que tu fais déjà tous les jours : attendre, publier, regarder, comparer, répondre. Et c’est souvent là que se trouvent les œuvres les plus justes.

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Prochaines représentations au Théâtre La Chapelle les 9, 10 et 11 mars à 20 h
Conception et jeu : Christian Lapointe, Nadia Ross • Direction technique : Matéo Thébaudeau, Rob Scott • Co-production : Théâtre Blanc (Québec), STO Union (Farrellton)

Engagés depuis un moment dans une conversation profonde sur l’art et la vie, Nadia Ross et Christian Lapointe furent, au fil de leurs discussions, sidérés par un constat : la pornoculture, corollaire de la société du spectacle, a envahi toutes les sphères de la société, et il semble désormais impossible d’y échapper. De la foodporn au shoeporn à la toolporn à la mise en ligne de soi, tout est devenu pornographie. Comment, dès lors, s’extraire des dédales de cette culture pornographique qui se pose en courant esthétique populaire et gagne sans cesse du terrain sur nos vies quotidiennes ? Aux prises avec ce problème, qui remet même leurs propres pratiques en cause, Lapointe et Ross se lancent ici dans une aventure pour explorer les mécanismes de ce phénomène.

Spoiler alert !
Côté bande sonore, cette performance reste un vrai sac à surprises. Calculé dans les choix, mais fidèle au YouTube surfing dans le rythme, plus décalé.

Source                                                             Source

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FAQ

Qu’est-ce que P.O.R.N. : PORTRAIT OF RESTLESS NARCISSISM ?

C’est une performance scénique et numérique qui explore la pornoculture, la mise en scène de soi et notre rapport aux écrans. Elle mêle théâtre, chat en continu, interfaces web et dispositifs multimédias. L’objectif est de montrer comment le numérique transforme nos relations et nos comportements.

Pourquoi parle-t-on de pornoculture dans ce spectacle ?

Parce que l’œuvre analyse une culture de l’exposition et de la surenchère visuelle qui dépasse largement la pornographie au sens strict. Elle englobe aussi l’autopromotion, le foodporn, le shoeporn et la logique du “tout visible”. Cette notion sert à questionner nos usages quotidiens des réseaux et des images.

En quoi cette œuvre n’est-elle pas un théâtre classique ?

Elle ne suit pas les codes habituels du théâtre narratif. Le dispositif repose sur des écrans, des captures d’écran, des outils numériques et une forme de laboratoire scénique. Il n’y a pas de retour traditionnel après les applaudissements, ce qui renforce son caractère expérimental.

Quel est le rôle du chat en continu dans la performance ?

Le chat en continu met en scène l’attente de réponse et la dépendance à l’échange numérique. Il transforme un geste banal du quotidien en matière dramatique. C’est aussi une façon de montrer l’humain derrière l’écran, ou parfois son effacement.

Pourquoi cette performance cite-t-elle Antonin Artaud ?

La citation d’Artaud sert à relier l’œuvre à une vision du théâtre comme projection matérielle de ce qui est enfoui. Elle souligne que la performance ne cherche pas seulement à divertir, mais à faire apparaître des tensions profondes. Cela donne une dimension plus théorique et plus intense à l’ensemble.

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