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Snapchat-moi

On a tous une routine d’avant-dodo. Moi, avant de me coucher, je fais le tour de mon fil d’actualités Facebook/Instagram et des stories Snapchat accumulées dans mon téléphone depuis les dernières 24 heures. Je le fais sans vraiment m’en rendre compte et je laisse défiler devant mes yeux du monde que ça fait six ans que j’ai pas vu en train de rire pour rien dans un char… Je les regarde jusqu’à la fin, je n’en perds pas une seconde et j’ai même pas la satisfaction de savoir pourquoi ils rient. C’est plus frustrant qu’autre chose : tu regardes la vie des autres pendant que toi t’es dans ton lit toute seule.

Il y a plusieurs aspects de cette application qui m’énervent, comme le fait qu’ils nous ont coupé l’herbe sous le pied en nous enlevant le privilège de savoir qui a des activités « extrascolaires » avec qui (je parle ici de sexe et non d’initiation à l’improvisation) grâce à la liste Best Friends. C’était sûrement les palmarès les plus scrutés du monde entier. À la place, ils ont changé tout ça pour des Emojis à côté des noms de nos contacts qu’il faut décoder avec Wikipédia et des filtres qui déforment la face. Clairement, je vais ne pas dépenser 1,99 $ pour qu’un arc-en-ciel me coule de la bouche.

Snapchat, ça peut être dangereux. J’ai souvent l’impression de jouer avec le feu juste en ouvrant l’application. Par exemple, si ton crush s’appelle Simon et ta meilleure amie Sabrina, c’est très possible qu’un beau jour tu te trompes et que finalement, c’est le très cher Simon qui ouvre un snap de toi les cheveux gras, pas de brassière, aux toilettes, avec un peu de bave séchée sur le bord de la bouche. C’est dans ces moments-là que tu te dis que t’aurais dû investir pour que cette bave séchée se transforme en arc-en-ciel.

Ce qui est dangereux aussi, c’est de réaliser que tu n’es pas la one and only. Il n’y a rien de plus frustrant que de se rendre compte que ton futur mari (dans ta tête) t’envoie une photo de la moitié de sa face avec un message qui ne veut tellement rien dire que t’en es presque gênée : « y’en aura pas de facile ». Tu ouvres ça et tu te dis qu’en plus d’être impertinent, il a surement envoyé ça à Stéphanie, Jasmine et Karine et ce, sûrement pas par erreur.

Y’a aussi les conversations Snapchat. Selon moi c’est le pire, imagine que Simon finit enfin par te dire qu’il veut être exclusif et que toi tu ne peux même pas envoyer la conversation à ta meilleure amie parce que t’as pas le temps de cligner des yeux que le message a disparu. Et si par malheur tu accroches le carré bleu avec un cercle blanc (touche jamais à ça), ça se peut très bien que Simon te voit avec ton masque d’argile et ton sac de Cheetos quand tout ce que tu voulais répondre c’est « cool ».

Reste que Snapchat, c’est une dépendance. Autant je suis fascinée par Kylie Jenner qui chante dans son auto, autant par ton chien qui n’est pas capable de sortir des couvertures. Moi aussi je fais des stories de moi qui ris pour rien avec mes amies ou de mes cafés plus beaux que bons le dimanche matin. Moi aussi j’alimente mon « histoire » de vidéos impertinents qui auraient été sûrement plus drôles si j’avais levé la tête de mon écran. C’est ça le problème, je pense. On prend des photos, des vidéos pour les gens qui ne sont pas là et qui ne seront jamais là. On prend des photos et des vidéos pour montrer aux autres qu’on a une vie, qu’on vaut quelque chose. Ce serait plus simple de juste vivre les instants sans flash, sans filtre, et ainsi en laisser une couple dormir.

Je pense qu’on gagnerait plus à vivre réellement nos dix secondes qu’à les réécouter seul dans son lit.

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