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Une journée sur la planète TDAH

Ce matin, je me suis réveillée en retard comme la plupart des autres matins de ma vie. J’ai snoozé mon cell au moins quatre fois, j’ai regardé les notifications que j’ai eues pendant que je dormais, vérifié la température et, quand mes yeux se sont habitués à la lumière de l’écran, c’est signe qu’il faut que je me lève. Comme toujours, j’ai oublié mon linge dans la laveuse, fait que j’pogné avec du linge que ça me tente pas de mettre, j’ai perdu cinq minutes à trouver deux bas pareils, je me suis dépêchée de déjeuner et faire mon lunch que j’aurais pu faire la veille, mais je me suis dit que j’aurais le temps ce matin si je me réveillais à l’heure en me couchant plus tôt, mais je l’ai pas fait parce que j’ai écouté genre quatre épisodes en ligne de Californication en me promettant à chaque générique que c’était le dernier. Je me fais donc des céréales, je fous mon diner dans un sac, je me brosse les dents, je mets mon manteau, mes bottes, mon foulard pis je prends mes clefs. Attends minute. Je trouve pas mon trousseau de clefs, celui avec deux lasers qui marchent pu. Je me mets à courir comme une folle, à fouiller dans la craque du sofa, dans mon lit, sur mes bureaux, j’éparpille deux-trois sacres en chemin, je retourne fouiller dans la craque. Envolé. Disparu. Les fantômes. Je pogne les nerfs. Je re-sacre. Je pense à me coucher en p’tite boule pis attendre que ça passe. Miracle. J’ai finalement un flash qu’en finissant de travailler hier, j’avais mis mon trousseau dans ma sacoche en me disant que ce coup-là je les chercherais pas. Meilleure chance la prochaine fois el estupido. 

Je peux partir. Presque. Fuck. J’ai oublié mon téléphone. Je retourne en haut (j’habite au deuxième avec des escaliers qui tournent). CALISSSSSSSSS. J’ai barré la porte (pour une fois que j’y pense), ma clef de maison est après mon trousseau eeeeeet celle de l’auto. Ma clef d’auto est dans le contact. Le contact se trouve dans l’char. Le char est en bas. La branche est dans l’arbre. Je redescends, je me tue presque sur le trottoir glacé, je récupère mon précieux, je laisse ma Yaris en plein milieu de la rue, je remonte pour aussitôt redescendre. Enfin repartie. Pour de vrai. Les joues en feu. J’y crois encore, je lâche pas.

Merde! Je viens de penser que j’ai oublié d’écrire mes heures pour ma boss en finissant de travailler, j’espère qu’elle va pas s’en rendre compte… Je le ferai demain matin, je vais l’écrire dans mon bloc note de téléphone pour y penser. OH NON! C’était la fête à mon beau-père hier pis j’ai oublié, en plus je l’avais écrit v’là deux semaines pour PAS que ça arrive justement. Je vais l’appeler en arrivant à l’appart.

Ah, je vois que dans mon « agenda de personnes qui n’ont pas vraiment de vrai agenda », la pièce de théâtre d’Anne Frank est CE vendredi, YES.

Oh non… je viens de me rappeler que j’avais dit à mon amie qu’on irait souper ensemble, CE vendredi, je vais devoir la texter pour lui expliquer, elle va comprendre.

—???????????????

Pourquoi je reçois un message Facebook de points d’interrogation, moi?

Oui?

— Ben tu m’as jamais répondu hier, j’me demandais ce que t’avais.

Oups. J’ai oublié J-F… C’est vrai, je mettais mon linge dans la laveuse hier soir quand il m’a écrit, j’me suis dit que je lui répondrais après, mais j’ai été distraite ailleurs…

DSL j’avais pas vu…

— Ben oui tu l’as vu, c’est marqué VU.

— Oui… mais je l’ai pas vraiment lu, tu comprends?

— Non?!

— Laisse faire, j’me comprends…

— Ok lol

De retour au bercail, je rêve de ce moment depuis mon réveil. Je vais juste m’asseoir deux secondes sur le sofa, je suis brûlée…

27 minutes plus tard.

Merde, je me suis endormie. J’ai faim. Je vais me faire à souper, pis en plus, j’suis pas obligée d’aller à l’épicerie, j’ai tout acheté mercredi pour ne pas avoir à y aller ce soir, na na na na… Je vais dans ma cuisine, qu’est-ce que je vois pas, le lait, sur le comptoir, chaud, pu bon, presque plein. Arrrrgggggghh. J’en avais besoin pour ma recette. J’tannééééééeee. Anyway, tant qu’à faire, aussi ben aller à l’épicerie acheter des trucs pour mon souper de demain (je fais toujours l’épicerie au jour le jour d’habitude, ça m’évite de manger des choses dont j’avais juste envie v’là trois jours). J’écris sur un bout de papier ce dont j’ai besoin et je pars, direction Métro, mon épicier au coin de ma rue.

  • LAIT
  • Pita
  • dattes
  • oignons verts
  • tartinade de tofu

(Non, non, c’est vraiment pas une recette de Trois fois par jour…)

C’est où ça de la tartinade de tofu???

« Excusez-moi monsieur, c’est où qu’on trouve ça de la tartinade de tofu? »

Mais au même moment, mon attention se détourne. Une madame dans la cinquantaine passe derrière le commis, accoutrée d’un manteau léopard en velours pis des bottes de grébiche en cuir qui montent jusqu’à… jusqu’à en disparaitre sous son chandail mauve qui dépasse.

« alirualhfvvlnjajfhwyeufgbvjskpiywyvbnakh… pis tu vas voir, c’est juste ! »

« ok… merci »

J’aurais dû rester attentive aux explications de monsieur le commis.

Fait que j’ai fait le tour des rangées, pis au bout de 10 minutes, j’ai fini par le trouver, à côté de l’humus, au cas où un jour tu aurais à te questionner sur l’emplacement de la tartinade de tofu, comme moi.

« Avez-vous vos sacs? »

« J’en ai au moins 50, mais pas avec moi »

Et moi qui essaie d’être écolo.

Je mets mes écouteurs (ma troisième paire cette année), mon papa m’en a acheté des gros mauves pour être certain que je les perdrais pas cette fois-ci. Pour l’instant, ça fonctionne. Merci papa. J’attends le retard de la porte automatique, sacs de plastique en mains et je fonce, direction l’autre coin de rue.

Je me fais à manger, en saccageant derrière moi l’harmonie du propre qui y régnait peu de temps avant mon irruption. Je vais ramasser après. Ma mère capoterait si elle voyait à quel point mes portes d’armoires passent la majeure partie du temps ouvertes. Je l’entends encore chialer : « NOÉMIE, ferme les maudites portes d’armoire, faut tu j’te l’dise en chinois pour que tu comprennes? ».

Oui maman, tu devrais.

«关闭大 »

Bof, finalement non.

Après avoir tout mangé, tout nettoyé, je m’installe confortablement et je m’adonne à ce que j’aime le plus faire : écrire. Avant c’était la couture, le théâtre, le chant, la peinture, la coiffure, le dessin, mais j’ai compris que, quand je faisais quelque chose sans me tanner plus de six mois, c’est que c’est du vrai. Parfois les gens de mon entourage croient que j’abandonne facilement, que je suis une lâcheuse ou que je prends pas la peine de m’investir au complet dans un projet, mais dans ma tête, quand j’ai plus d’intérêt, je peux plus continuer, j’ai l’impression de mourir par en dedans, c’est de la vraie torture mentale. Ça me fait de la peine quand quelqu’un me dit : « Ben là, ça va tu durer ce coup-là? » ou « t’avais dit ça aussi l’autre fois » sérieusement, c’est blessant. Je suis comme ça. Je fais pas exprès. Je préfère essayer 1000 affaires pis laisser tomber, que d’en essayer deux pis d’endurer ça toute ma vie, quitte à paraître pour une pas fiable.

Je regarde l’heure, 19 h 15 déjà. MERDEEEEE! J’ai pas encore fini mon article de demain, Alexe, notre réviseure sera pas contente, elle le corrige ce soir à 20 h. Pis la semaine passée, je l’ai envoyé à 21 h. Je sais plus je suis rendue où, j’ai à peu près 20 pages d’ouvertes, dont une des paroles de la chanson Moi j’mange d’Angèle Arsenault, what the fuck. Je les supprime, une à une, en essayant de me calmer, parce que j’suis un peu en train de faire une crise d’angoisse. Mes idées se bousculent dans tous les sens, pis j’suis pas capable d’en attraper une au vol pour bien l’analyser. Tout va trop vite en même temps, je perds le contrôle. J’vois déjà Mary Lynn pis Émilie (les rédactrices et fondatrices du site) rire de moi pis me trouver conne, pis pas responsable, pis y vont se tanner, pis y vont vouloir trouver une fille plus moins en retard, pis plus organisée….. PIS STOP. Là là, on se calme Noémie. C’est pas la fin du monde, personne va mourir, Alexe, Émilie pis Mary Lynn vont comprendre, comprendre quoi? J’ai pas d’excuses. Entre « mon chien a mangé mon laptop » pis « désolée j’pas capable de gérer mon temps » les deux j’ai l’air stupide.

Ok. J’arrête.

Concentration maximale enclenchée.

8 h 10, envoyé. Alexe va pas s’en rendre compte que j’ai dépassé le temps de 10 minutes…. peut-être… je le souhaite pas… je m’excuse dans ma tête…

Je suis due pour un petit Californication avant de me coucher. Juste un.

1 h 23.

Je me réveille en sursaut, j’ai oublié d’appeler mon beau-père pour sa fête, de dire à mon amie que je choke, pis j’ai pas mis le linge dans la sécheuse.

Maudite vie.

Si tu t’es reconnu dans mon texte, jeune citoyen crépu de la planète TDAH  (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), je te conseille fortement de ne JAMAIS offrir d’amener la dinde sur un coup de tête chez tes grands-parents pour le réveillon de Noël, parce que tu risques malheureusement d’oublier de la faire dégeler à temps et d’arriver là-bas les mains vides. Penses-y, c’est plate un Noël pas de dinde, pis c’est encore plus plate de voir le découragement dans la face de toute ta famille qui eux, ont ben faim.

PIS N’OUBLIE JAMAIS : Ça veut pas dire que t’es pas intelligent, c’est marqué ICI, on n’a juste pas la même intelligence que les autres.

Albert Einstein a dit une phrase que j’ai trouvée pas mal sensée : « Tout le monde est un génie, mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »

Sur ce, je te souhaite une belle fin de semaine, parce que la fin de semaine, t’as plein de temps.    

 

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