L’an dernier, en terminant l’université, j’ai décidé de réaliser un de ces petits trips que je rêvais de faire depuis des années : faire le tour du Lac-Saint-Jean à vélo. J’avais gardé cette aventure dans un coin de ma tête en me disant que je la ferais « un jour », idéalement avec mon futur amoureux. Puis, au bout de trois ans à attendre un chum qui n’arrivait pas, j’ai fini par me dire : au diable l’attente, au diable le chum, mon vélo et moi, on va faire un duo d’enfer.
Petit détail : je n’avais même pas de vélo. J’ai donc emprunté celui de ma mère, une vieille machine lourde, avec de petites roues et de gros pneus. Et malgré ça, ce fut l’un des plus grands accomplissements de ma vie : 280 kilomètres en 3 jours, autour du Lac-Saint-Jean.
L’essentiel a retenir : faire le tour du Lac-Saint-Jean à vélo demande surtout de la préparation, de la flexibilité et une bonne gestion de l’effort.
- Prévois un rack à vélo solide et des sacoches adaptées.
- Réserve, mais reste flexible sur ton itinéraire et tes étapes.
- Ne sous-estime ni la météo, ni le vent, ni les longues distances.
- Vise des étapes réalistes : 100 km par jour est déjà exigeant.
- Regarde la carte souvent, car le réseau cellulaire n’est pas fiable partout.
- Découpe la route en petits tronçons pour garder le moral.
- Le mois de mai est souvent un bon choix pour les prix et la circulation.
LE DÉPART
Crédit photo : Coralie Fortin-Bohémier
Je suis partie vers le Saguenay, avec un plan simple : arriver à Jonquière, laisser ma voiture, puis pédaler jusqu’à mon premier arrêt, à l’entrée du Lac, entre Hébertville et Métabetchouan-Lac-à-la-Croix. Dans la pratique, ce genre de départ se prépare mieux qu’on ne l’imagine. Quand tu fais du vélo sur plusieurs jours, le transport du matériel change tout : sans rack robuste et sans sacoches qui tiennent bien, tu te compliques inutilement la vie.
Sur place, on m’a expliqué que la route pour rejoindre le point de départ n’était pas idéale : peu agréable, avec des cyclistes sur l’accotement d’une voie rapide, et des orages violents annoncés. J’ai donc ajusté mon plan. J’ai laissé la voiture jusqu’à ma première auberge et j’ai commencé à pédaler le lendemain matin. C’est exactement le genre de décision qui peut sauver un voyage : dans ce type d’aventure, la flexibilité vaut souvent plus qu’un itinéraire rigide.
Mes hôtes m’ont très bien accueillie, pour 80 $ la nuit avec petit-déjeuner, et ils m’ont permis de laisser ma voiture pendant les jours suivants. Concrètement, ce confort de base fait une énorme différence quand tu pars plusieurs jours à vélo : tu économises de l’énergie mentale avant même de commencer à rouler.
JOUR 1
Crédit photo : Coralie Fortin-Bohémier
Le lendemain matin, je suis partie vers 8 h, sous un ciel gris qui annonçait clairement la pluie. Si tu es dans cette situation, retiens une chose : il faut toujours s’attendre aux intempéries. La pluie fatigue, mais le soleil brûle pour vrai, alors la crème solaire reste indispensable même quand le ciel semble menaçant.
J’avais prévu de ne pas dépasser 100 km par jour. C’était l’idée de départ, mais j’ai appris à la dure qu’un plan trop ambitieux peut vite devenir un piège. J’avais réservé toutes mes destinations d’avance, et j’ai finalement dû rouler 140 km pour rejoindre ma deuxième étape, Dolbeau-Mistassini. En plus, je me suis rallongée de 20 km en me perdant à Alma. Dans les faits, ce genre d’erreur arrive vite quand on sous-estime les distances, les détours et la fatigue accumulée.
Le meilleur réflexe, c’est de regarder souvent la carte routière et de poser des questions dès qu’un doute apparaît. Les gens sont généralement très aidants dans la région. J’ai aussi téléchargé l’application Véloroute des Bleuets, mais il faut savoir que le réseau cellulaire ne fonctionne pas partout autour du lac. Donc, si tu comptes sur ton téléphone, tu risques d’être pris au dépourvu.
Le passage à Sainte-Jeanne-de-foutu-d’Arc a été le pire moment de l’aventure. J’avais les mains pleines d’ampoules, le corps fatigué, faim, soif, et le vent était terrible. Les rangs semblaient interminables. J’avais roulé 140 km et il m’en restait encore 20 avant d’arriver à mon deuxième arrêt. À ce stade, ce n’était plus seulement physique : c’était mental. Et c’est souvent là que les cyclistes lâchent, non pas parce qu’ils manquent de volonté, mais parce qu’ils ont mal évalué leur marge d’énergie.
Je suis entrée dans un dépanneur, au bord de l’épuisement, et j’ai croisé un homme et sa femme en pick-up. J’ai tenté ma chance, et ils m’ont embarquée jusqu’à Dolbeau. Franchement, ce fut le plus gros merci de ma vie. Parfois, accepter de l’aide fait partie de l’intelligence du voyage, pas d’un échec.
Je me permets aussi de recommander mon deuxième hébergement, parce qu’il était vraiment excellent : Gîte 40 Laverdure. Le service, le logis, le panorama et le déjeuner valaient largement le prix de 90 $. Quand tu fais un trip à vélo, un bon hébergement ne sert pas seulement à dormir : il te permet de récupérer pour le lendemain.
JOUR 2
J’étais prête à tout. Après la veille, je me disais que ça ne pouvait pas être pire. Cette journée-là, j’avais 92 km à faire jusqu’à Roberval, mon troisième stop, et le départ était ensoleillé. Même si j’étais raquée, la journée a été plus facile dans l’ensemble.
La portion la plus longue a été entre Normandin et Saint-Félicien. La route était plate, bordée par une usine de papier, avec un paysage monotone. Dans ce genre de contexte, il est utile de fractionner mentalement la distance. Au lieu de penser « il me reste 92 km », pense plutôt « il me reste 10 km, puis 15, puis 17 ». C’est une technique simple, mais très efficace pour ne pas te décourager. En pratique, tu duperas ton cerveau et tu garderas plus d’énergie mentale.
J’avais trouvé une belle offre sur Tuango qui me permettait de rester deux nuits au Château Roberval, avec piscine et tout le reste. C’était une offre pour deux personnes, ce qui me rappelait surtout que j’étais complètement seule dans ce grand trip. Oui, ça m’a agacée. Mais en même temps, il y avait quelque chose de très fort dans le fait de le faire pour moi, en me motivant moi-même. Dans la majorité des cas, c’est exactement ce qui donne sa valeur à une aventure solo : tu avances sans attendre personne.
Roberval n’est pas une ville spectaculaire, soyons honnête. À mon arrivée, j’ai vu la grosse prison, un décor un peu fade et une allure parfois délabrée. Mais ce n’était pas grave : pour moi, c’était un bonbon du voyage. Deux nuits, deux déjeuners par matin, du repos, et le luxe d’être seule sans devoir performer. Ça aussi, c’est précieux quand tu fais un long parcours à vélo.
JOUR 3
Après une nuit blottie contre des oreillers beaucoup trop gros, il ne me restait que 50 km pour retrouver mon bolide. À ce stade, c’était presque rien. De ce côté du lac, la route est belle. Vers Chambord, il y a une nouvelle piste cyclable qui s’élève sur le bord de la route, avec de jolis dénivelés. Ce tronçon est plus agréable, plus vivant, et il redonne souvent un peu d’élan au cycliste fatigué.
À Métabetchouan, à quelques kilomètres de la destination finale, le déluge a recommencé. Cette fois, j’ai ri. Pas un rire de confort, plutôt un rire d’euphorie, celui qui sort quand tu sais que tu arrives au bout. J’avais hâte d’arriver, hâte de pleurer de joie, les joues déjà mouillées par la pluie.
J’ai choisi méticuleusement ma chanson d’arrivée, et Adèle m’a achevée avec Someone Like You. J’ai pleuré, évidemment. Puis il ne me restait plus que le « well done ». J’ai ensuite roulé de nouveau vers Roberval pour profiter de ma deuxième nuit à l’hôtel.
On m’a conseillé d’aller au Draveur, un nouveau bar. C’était vraiment sympa. J’y ai mangé de la tarte aux bleuets et je me suis fait des amis du Lac. Pour une première expérience en solo dans un bar, c’était un vrai pas hors de ma zone de confort. Si tu hésites à faire ce genre de sortie seule, sache que ce n’est pas si intimidant qu’on l’imagine : souvent, l’ambiance locale fait tomber la pression très vite.
Le lendemain, j’avais les cuisses et les fesses meurtries, mais le sourire jusqu’aux oreilles. J’ai quitté la région en la remerciant pour tout ce qu’elle m’avait fait vivre : les émotions, les rages, les pleurs, les rires, les moments de solitude, les moments de puissance. J’ai vécu. Et au fond, c’est ça que ce genre de voyage change pour toi : tu ne reviens pas seulement avec des kilomètres dans les jambes, tu reviens avec une preuve très concrète que tu peux aller beaucoup plus loin que ce que tu croyais.
Je reviendrai.
Essentiel 8 : je te conseille vraiment le mois de mai. C’est souvent une basse saison intéressante : il fait moins chaud, les routes sont moins bondées et les hébergements coûtent moins cher. Concrètement, ça rend le voyage plus agréable, plus abordable et plus simple à organiser.
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FAQ
Quel est le meilleur moment pour faire le tour du Lac-Saint-Jean à vélo ?
Le mois de mai est souvent un excellent choix. Tu profites généralement de routes moins achalandées, de prix plus doux pour les hébergements et d’une chaleur encore raisonnable. Dans la pratique, ça peut rendre l’expérience plus confortable, surtout si tu n’aimes pas rouler sous de fortes températures.
Faut-il prévoir plus de 100 km par jour ?
Non, il vaut mieux éviter de viser trop haut. Cent kilomètres par jour représentent déjà une belle charge, surtout avec le vent, les détours et la fatigue accumulée. Si tu dépasses cette distance, fais-le seulement si tu es très entraîné et que ton itinéraire reste vraiment réaliste.
Est-ce utile de réserver ses hébergements à l’avance ?
Oui, mais sans figer tout ton voyage. Réserver peut te rassurer, mais tu dois garder une marge de flexibilité si la météo, la fatigue ou les distances te forcent à adapter ton plan. Dans ce type de trip, un itinéraire trop rigide devient vite un piège.
Que faut-il absolument apporter pour ce type de voyage ?
Un rack à vélo solide et des sacoches fiables sont essentiels. Ajoute aussi de quoi gérer la pluie, le soleil et les longues journées sur la selle. Si tu pars plusieurs jours, le confort de ton équipement influence directement ton énergie et ta sécurité.
Le réseau cellulaire fonctionne-t-il bien autour du Lac-Saint-Jean ?
Pas partout, non. Il ne faut pas compter uniquement sur ton téléphone pour t’orienter. Télécharge tes cartes ou l’application utile avant de partir, et garde aussi une solution de secours si tu perds le signal.
Est-ce une bonne idée de faire le tour du Lac-Saint-Jean seul ?
Oui, si tu es à l’aise avec l’autonomie et que tu acceptes de sortir un peu de ta zone de confort. Voyager seul te demande plus de vigilance, mais ça peut aussi rendre l’expérience très forte sur le plan personnel. Beaucoup de gens découvrent qu’ils sont plus capables qu’ils ne l’imaginaient.
Comment gérer les longues distances sans se décourager ?
Le plus efficace est de découper la route en petits tronçons. Pense village par village, arrêt par arrêt, plutôt qu’en kilomètres globaux. Cette méthode aide énormément à tenir mentalement quand la fatigue commence à monter.
