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J’ai écouté la télé dans un hôtel à Baie-St-Paul – Par Noémie Doyon

Ce matin, j’ai vu le facteur déposer une grosse enveloppe blanche dans ma boîte aux lettres. Je suis sortie, je l’ai prise et je l’ai pesée. Je l’ai amenée à l’intérieur et je l’ai ouverte avec une fourchette. Dedans, L’enfance de l’art de Jérôme Minière.

Je me suis couchée sur mon lit et j’ai dit « bonjour » à Louis, mon poisson. Il m’a répondu «  j’ai faim » et je lui ai donné un flocon. J’ai ouvert le livre à la première page et j’ai lu :

Mon nom est Benoît Jacquemin.
J’ai quarante ans, mitan d’une vie ordinaire qui, selon toute vraisemblance, ne devrait pas constituer une matière bien intéressante pour un livre.

J’ai fermé le livre, j’ai ouvert l’ordinateur et j’ai tapé booking.com dans la barre d’adresse. J’ai regardé un peu, pas trop et puis j’ai réservé pour deux nuits à l’Hôtel Baie-St-Paul. J’ai appelé Hubert et je lui ai dit qu’on partait cet après-midi. Il est venu me rejoindre. On a préparé nos sacs et on s’est fait du café. Une heure plus tard, on était en route.

Une fois là-bas, on a fait les galeries d’art en buvant du chocolat chaud, et puis on a marché jusqu’à la plage. Sur le sable on a trouvé une grosse branche qu’on a traînée jusqu’au rivage et qu’on a lancée en criant trop fort pour rien. Il faisait froid, froid, vraiment froid. On s’est pris dans nos bras, puis dans nos bouches et dans nos mains. Le visage enfoui dans les paumes froides de l’autre, on s’est regardé longtemps. On a souri un peu. Il faisait froid.

  • «  Noémie?»
  • «  Oui? »
  • «  Je t’aime »
  • «  Je t’aime Hubert. Penses-tu qu’on va s’aimer toute la vie? »
  • «  Oui, mais faut le promettre devant le fleuve »
  • «  Ok. Devant le fleuve »

Et on l’a promis. Il faisait froid. Mes dents claquaient. On a couru jusqu’à la voiture et on a roulé jusqu’à l’hôtel.

Dans la chambre, on a décidé de prendre une douche, pour se réchauffer. Sauf qu’en me déshabillant, j’ai constaté que mes orteils étaient pas rouges, pas blancs, mais mauves. Mauve foncé. Mauve grave. J’ai crié à Hubert qui était plus loin, qui nous faisait des verres de rhum&coke de venir vite parce que « ça va pas bien, on dirait que ça va vraiment pas bien ».

Il a regardé, il avait peur, je le savais. J’ai la maladie de Raynaud qui fait que quand la température baisse, même d’un seul degré, les veines de mes extrémités ont des spasmes et le sang ne se rend pas ni dans mes orteils, ni dans mes doigts. Ça m’arrivait souvent, de découvrir mes orteils d’une couleur spéciale en enlevant mes bas et même qu’une fois ils étaient verts. Sauf que mauve, mauve comme ça, jamais.

Hubert a traîné une chaise devant la télévision, il m’a dit de me tenir sur le dossier de faire ballotter ma jambe dans le vide. J’ai fait ce qu’il a dit. Il a ouvert la télévision et m’a demandé ce que je voulais écouter. « Télétoon », j’ai dit. Parce que rien de mauvais peut arriver avec Johnny Bravo à la télé.

J’étais toute nue et c’était pas joli trop trop de me voir aller. C’était presque drôle, presque, mais Hubert avait pas l’humeur à rire. Moi non plus d’ailleurs. Je buvais du rhum au goulot et je regardais mes orteils aller et venir en pensant que si quelqu’un me voyait faire, ma vie était finie.

Vingt minutes plus tard, mes orteils ont commencé à avoir plus d’allure. J’ai pris une douche, et puis j’ai mis mon pyjama picoté rose. Je me suis couchée sur Hubert dans les draps blancs de l’hôtel.

On a écouté un tueur si proche, on s’est endormis.

Et on s’est réveillés, au beau milieu de la nuit.

Pour faire l’amour.

Dans le noir.

Devant le fleuve.

Comme promis.

Alexe Raymond, réviseure, raymond.alexe@gmail.com

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