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On peut rester amis

Est-ce que c’est possible de rester ami avec quelqu’un qu’on a aimé? En fait, peut-être que je pose mal ma question. Je sais que c’est possible de rester cordial avec un ex, qu’avec le temps les choses passent et qu’on en vient à retrouver ou à entretenir une affection et un respect mutuel, mais est-ce que c’est possible de rester ami avec un ex quand c’est plus récent, plus frais? Je parle ici de l’obsession que nous avons avec l’idée de rester ami quand une relation vient de se terminer. On veut le beurre, l’argent du beurre et le gâteau qu’on fait avec le beurre. Est-ce réaliste?

Je le demande, parce que mes amis, je les aime. Je ne suis pas en amour avec eux, mais je les aime. Il y a une nuance à faire, je pense. Mes amis, je leur raconte mon quotidien, j’entends le leur, ils me parlent de leurs réussites et de leurs déboires… de leurs amours, aussi. Pour moi, un ami, c’est quelqu’un à qui je souhaite fondamentalement d’être heureux, un bonheur apporté par moi, en partie, mais aussi par d’autres. Je ne peux pas, ne veux pas, être la seule cause de leur bonheur. Par contre, quand on aime quelqu’un, quand on les aime d’amour, on devient un peu égoïste, non? Bien sûr, on veut qu’ils soient heureux et qu’ils s’épanouissent dans toutes les sphères de leur vie, mais, égoïstement, on désire quand même être la raison principale de leur bonheur. On désire être leur soleil, qu’il gravite autour de nous et que notre présence les fasse briller. C’est correct, c’est une belle façon d’être égoïste, si vous voulez mon avis.

Le problème vient après, une fois que les nuages se sont installés pour rester. Selon moi, à partir de là, il y a deux scénarios possibles. Le premier est que l’on aime quelqu’un et cette personne ne nous aime pas ou ne nous aime plus. Alors, on s’attache, on se dit que d’être présent dans la vie de cette personne est mieux que rien du tout. On se contente de gouttelettes d’eau quand ils croient bon de nous en donner, parce qu’on se dit que c’est mieux que de mourir de soif. Sauf que, pendant qu’on attend la prochaine gorgée, souvent, on oublie toutes les autres personnes qui seraient prêtes à nous offrir des océans.

Il y a aussi l’autre côté de la médaille, lorsque c’est nous qui n’aimons plus quelqu’un, plus comme avant, du moins. Quand on ne les aime plus d’amour. On reste habitué à leur présence, elle nous réconforte, nous rassure. On est égoïste, mais différemment. On ne veut pas d’eux, mais on ne veut pas nécessairement les laisser partir non plus. C’est là que ça devient injuste. On veut leurs rayons, mais seulement lorsqu’on commence à avoir froid. On veut choisir quand on veut de leur chaleur. Le problème est que les gens ne sont pas des options dans la vie. L’amour et l’amitié sont des balanciers extrêmement sensibles dont on doit s’occuper avec soin ; un peu trop de poids d’un côté et tout fout le camp.

La réalité est que, lorsqu’on aime quelqu’un et que cet amour s’arrête, lorsqu’il n’est pas ou plus retourné, les choses changent. Je pense qu’une fois la peine passée, on peut certainement arriver à un point où on leur souhaite du bien, du bonheur, mais rester ami, au début, vraiment ami, voudrait dire faire partie de ce nouveau bonheur, sans en être la source principale. C’est comme avoir passé sa vie à être le lanceur partant d’une équipe de baseball et à être relayé au banc. C’est comme avoir passé sa vie à être le soleil pour finalement devenir la lune. C’est beau, une lune, c’est important, mais c’est plus discret et beaucoup moins éblouissant.

Des fois, je me dis qu’on s’en demande juste trop. On veut garder quelque chose, un reste de ce qui a été : la proximité, la complicité, l’amour, mais transformé. Sauf que, l’amour brisé, c’est un peu comme lorsqu’on perd un bras ou une jambe. On apprend à vivre avec, mais les choses ne reviennent jamais comme avant.

Vous me direz que ça arrive, des gens qui restent amis, et sûrement qu’avec le temps, ça se peut. J’aimerais y croire, mais je pense juste que, lorsque la blessure est fraîche, de s’avouer qu’on ne veut pas de cette nouvelle place dans la vie de l’autre, cette place plus petite, moins importante, ne devrait pas être vu comme un échec. Les relations se terminent et la vie continue, mais le seul succès dans tout ça est peut-être justement de laisser les choses qui se terminent se terminer. Laisser aller la corde, laisser s’apaiser la brulure qu’elle a laissée et prendre plaisir à chuter à nouveau.

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