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Poésie féministe esstraordinaire

Si tu cherches de la poésie féministe contemporaine qui ne se contente pas d’être “engagée” sur le papier, tu es au bon endroit. Ici, on parle de livres qui prennent à bras-le-corps le corps, le désir, la honte, la colère, le deuil, la maternité, la violence et la fatigue de vivre dans un monde encore traversé par le patriarcat.

Concrètement, ces recueils ne demandent pas seulement d’être lus : ils se traversent. Ils bousculent, ils accrochent, ils laissent des phrases en tête longtemps après la dernière page. Si tu hésites encore, pense-les comme trois portes d’entrée très différentes vers une même puissance : intime, brute, intelligente et profondément actuelle.

L’essentiel a retenir : ces trois recueils offrent trois façons complémentaires de lire la poésie féministe contemporaine.

  • Bluetiful explore le deuil amoureux, la fragilité et la quête de soi.
  • Last call les murènes plonge dans un univers cru, trash et sans filtre.
  • Royaume scotch tape aborde l’avortement, le viol, la maternité et le patriarcat.
  • Leur force commune : une langue incarnée, directe et très actuelle.
  • Ce sont des livres à lire lentement, en acceptant d’être secoué.
  • Ils conviennent si tu veux une poésie qui pense, dérange et résonne dans le réel.

Bluetiful de Daphné B. à l’Écrou

Source

Bluetiful raconte l’impossibilité de peser sur le bouton “delete”, de faire le deuil d’une relation, et de correspondre à l’image de la femme parfaite qu’on s’était promise d’être un jour. Dans les faits, c’est un recueil qui parle autant de rupture que de survie psychique : on y croise la nostalgie, les antidépresseurs, les soirées, la pop, le cinéma, les réseaux sociaux et tout ce qu’on utilise parfois pour combler un vide qu’on n’arrive pas à nommer.

Ce qui frappe, c’est le contraste entre la simplicité apparente de l’écriture et la précision émotionnelle. La narratrice ne dramatise pas pour faire joli : elle met à nu une vulnérabilité très concrète, très reconnaissable si tu as déjà eu l’impression de tourner en rond dans ta propre tête. Et c’est justement là que le livre devient fort : il ne prétend pas donner des réponses faciles, il montre ce que ça coûte d’essayer de rester debout quand tout vacille.

Dans la pratique, c’est un recueil à lire si tu aimes les textes courts, nerveux, sensibles, avec une ironie discrète mais mordante. Il fonctionne très bien si tu cherches une poésie féministe accessible sans être simpliste, capable de toucher à des choses intimes sans perdre en densité.

Extrait, p. 32 :

je sais

que c’est pas moi
marilyn

ni moi
la joconde

mais je serai bluetiful

je ferai tout pour être celle-là je vais me raser me couper les pieds

me les vernir

tiens
tiens

tiens.

comme le rouge
de mon sourire

Pourquoi ce livre marque autant

Parce qu’il parle d’une expérience très contemporaine : vouloir se reconstruire tout en restant exposée aux images, aux injonctions et aux comparaisons permanentes. Si tu te demandes ce que cela change pour toi, la réponse est simple : le livre met des mots sur une fatigue émotionnelle que beaucoup vivent sans toujours parvenir à la formuler. C’est aussi ce qui explique sa portée : il ne décrit pas seulement une histoire personnelle, il touche à un malaise collectif.

À éviter si tu veux en tirer le meilleur

Le piège, avec ce type de recueil, c’est de le lire trop vite comme une suite de fragments “jolis” ou “tristes”. En réalité, chaque poème gagne à être relu, parce que la tension passe souvent par un détail, un glissement, une image très simple. Dans ton cas, si tu aimes les textes qui laissent une trace plutôt que les récits linéaires, tu y trouveras beaucoup plus que de l’émotion immédiate.

Last call les murènes de Maude Veilleux à l’Écrou

Source

Last call les murènes est probablement le plus frontal des trois. La Beauce, les chars, l’alcool, le sexe, la honte, les fantasmes, la solitude, les corps qui débordent : le livre avance sans polir ses angles. On est dans un univers trash, mais pas gratuit. La violence du ton sert une parole qui refuse d’être propre, sage ou rassurante.

Dans les faits, ce recueil donne à entendre une voix qui se débat avec son milieu, ses obsessions, ses contradictions et ses blessures. Il y a quelque chose de très physique dans la lecture : les images frappent, les phrases accrochent, le rythme secoue. On constate souvent que ce type de poésie divise au premier abord, puis s’impose parce qu’elle ne triche pas.

Si tu es dans une situation où tu cherches une poésie féministe plus rugueuse, plus crue, plus ancrée dans le quotidien ordinaire et ses zones d’ombre, ce livre est une vraie porte d’entrée. Il ne cherche pas à plaire. Il cherche à dire juste, même quand ça dérange.

Extrait, p. 51-52 :

46.

checkez-moi maude vv deux v

poète pas tight pantoute

3 h 40 du matin en beauce j’écoute radio-can sur la télé le channel de venus angel sur mon ordinateur et je me magasine des followers sur instagram

me garder occupée pour chasser les fantômes

hier, j’ai trouvé un boutte de papier collant dans mon vagin le flow est un état mental que les anxieux ne vivent pas full je ne suis plus autant déprimée qu’avant noël lorsque je pesais 112 livres mais engraisser me fait capoter dites-moi

mon vagin est-il lousse?

checkez-moi maude vv deux v un vagin pas tight beaux cheveux belles lunettes

pas tight

je lis et je relis ce poème
sur mon entrejambe et la beauce

une maison en clabord rose sale comme une tache de sexe mon poème est confus, je sais les tiroirs de la chambre de mon père aussi collection de paquets de cigarettes, catalogue sears lighter en forme de fusil, mèche de drill

mitaine de four, bouteille de tylenol

checkez-moi maude veilleux veilleux deux v

poète pas tight pantoute pas tight du vag’

pas tight de la tête

je suis encore là à parler de la beauce maudite beauce il faut comprendre qu’on en revient peut-être pas que ça m’écœure tellement que je m’en sortirai jamais j’essaie d’en faire une expérience du monde qui en vaut la peine parce que si je n’étais pas ça je serais quoi une autre fille de la rive-nord dans une maison swell swell

où aucun enfant ne mange des cadavres de mouches

checkez-moi maude veilleux veilleux deux v

poète pas tight pantoute

Ce que ce livre change dans ta lecture de la poésie

Il casse l’idée que la poésie féministe doit forcément être “belle” ou “élégante” au sens classique. Ici, la langue est sale, vive, directe, et c’est précisément ce qui lui donne sa force. En pratique, si tu veux comprendre pourquoi certains textes contemporains frappent autant, ce recueil est très instructif : il montre qu’une voix littéraire forte peut naître d’un refus total de l’aseptisation.

Les erreurs de lecture fréquentes

La première erreur, c’est de chercher un confort de lecture. Tu n’en trouveras pas vraiment, et ce n’est pas le but. La deuxième, c’est de réduire le livre à sa provocation : ce serait passer à côté de sa lucidité sociale et de sa puissance formelle. Si tu le lis avec cette attente, tu risques de le trouver “brut” ; si tu le lis comme une mise en crise du langage et du regard sur soi, il devient beaucoup plus riche.

Royaume scotch tape de Chloé Savoie-Bernard à l’Hexagone

Source

Royaume scotch tape est sans doute le recueil le plus exigeant des trois, mais aussi l’un des plus puissants. Il aborde l’avortement, le viol, le patriarcat, la maternité et les menstruations avec une densité qui oblige à ralentir. Ici, la poésie résiste : elle ne se livre pas d’emblée, elle demande de l’attention, de la relecture, presque une disponibilité physique.

Ce qui rend le livre marquant, c’est sa capacité à faire dialoguer des formes très différentes : poèmes courts, passages lyriques, élans plus politiques, jeux de langue, citations et échos littéraires. Le résultat est une œuvre très vivante, où les femmes prennent la parole sur les ruines d’un royaume abîmé, et où chaque mot semble pesé pour tenir ensemble la colère, la mémoire et la volonté de reprendre du pouvoir.

Concrètement, c’est le recueil à choisir si tu veux une poésie féministe qui pense en profondeur les rapports de domination, sans sacrifier la force esthétique. Il est recommandé de le lire par petites touches, puis de revenir en arrière : c’est souvent à la deuxième ou troisième lecture que les couches de sens apparaissent vraiment.

Extrait p. 10-11 :

i put a spell on you

toutes les fées se sont penchées sur mon berceau

comme un cheval montre les dents je te donnerai une carotte du donné tout cru mes dons avale-les d’une shot pas besoin de mâcher

tu t’étoufferas peut-être pas grave

mais si elles étaient toutes là à veiller sur mon sommeil certaines avaient-elles le cœur noirci et la bienveillance des unes aura-t-elle suffi à empêcher l’haleine fétide des autres d’atteindre mes pores pour me bercer de leurs sorts mauvais jusqu’à ce que

j’y chavire

me faire roturière

ai craché dans la soupe du miroir au lieu de lui
demander qui était la plus belle

chaque soir ai ramassé le petit pois qui m’empêchait de dormir l’ai enfilé sur la corde raide d’un chapelet à jamais inachevé

que j’égrène pour que vous n’ayez pas raison de moi

oui me faire sorcière pour construire
mon propre royaume et en découdre avec le vôtre

Pourquoi il faut le lire lentement

Parce que la langue y travaille à plusieurs niveaux en même temps. Il y a le sens immédiat, bien sûr, mais aussi les échos culturels, les renversements symboliques et les tensions politiques. Si tu survoles, tu perds une partie essentielle du livre. Dans la pratique, prends-le comme un texte à habiter, pas comme un simple objet à consommer.

Le vrai intérêt pour un lecteur curieux

Ce recueil montre très bien comment la poésie féministe contemporaine peut être à la fois intime, théorique, politique et incarnée. Ce que cela implique pour toi, c’est que tu peux y trouver à la fois une expérience de lecture forte et une réflexion plus large sur la place des femmes, des corps et du langage. C’est souvent ce mélange qui fait les grands livres : ils parlent du réel tout en élargissant la manière de le penser.

Comment choisir le recueil qui te correspond

Si tu veux entrer facilement dans la poésie féministe contemporaine, commence par Bluetiful. Si tu cherches une voix plus crue, plus frontale, plus abrasive, Last call les murènes sera probablement le plus percutant. Si tu veux un livre plus dense, plus politique et plus exigeant, Royaume scotch tape est celui qui te demandera le plus d’attention, mais aussi celui qui peut te marquer le plus durablement.

En pratique, le bon choix dépend surtout de ton état du moment. Si tu as besoin d’un texte qui te rejoint dans une vulnérabilité intime, choisis le premier. Si tu veux une secousse, choisis le deuxième. Si tu veux un recueil qui ouvre des questions profondes sur les rapports de pouvoir, choisis le troisième.

Conseils pour bien lire ces livres

  • Lis par petites séquences si la langue te bouscule.
  • Relis certains passages à voix haute pour sentir le rythme.
  • Ne cherche pas forcément une narration classique.
  • Accepte l’inconfort : il fait partie de l’expérience.
  • Reviens aux images fortes, elles portent souvent le sens.

Les pièges à éviter

Le plus fréquent, c’est de vouloir comparer ces recueils avec des critères de roman ou de poésie “classique”. Ce serait passer à côté de leur force propre. Un autre piège consiste à croire qu’une poésie féministe doit forcément être pédagogique : ici, la littérature travaille aussi par sensation, par choc, par rythme, par trouble. C’est ce que cela change pour toi : tu n’es pas seulement en train de comprendre un propos, tu entres dans une expérience de lecture.

Image de couveture : source

FAQ

Quel livre choisir pour découvrir la poésie féministe contemporaine ?

Pour découvrir la poésie féministe contemporaine, Bluetiful est souvent le plus accessible. Il parle de deuil amoureux, de fragilité et de reconstruction avec une langue simple mais très juste. Si tu veux quelque chose de plus frontal, tu peux ensuite aller vers Last call les murènes.

Pourquoi ces livres sont-ils considérés comme féministes ?

Ils sont considérés comme féministes parce qu’ils donnent une place centrale à l’expérience des femmes, à leurs corps, à leurs blessures et à leurs rapports de pouvoir. Ils interrogent aussi les normes imposées par le patriarcat et les images de la féminité. La dimension féministe passe autant par les thèmes que par la manière d’écrire.

Faut-il connaître la poésie pour apprécier ces recueils ?

Non, il n’est pas nécessaire d’être spécialiste de poésie pour les apprécier. Ces livres se lisent d’abord avec une sensibilité et une disponibilité à la langue. En revanche, certains passages demandent de ralentir et de relire pour en saisir toute la portée.

Quel recueil est le plus facile à lire ?

Bluetiful est généralement le plus facile à lire. Sa langue est plus directe et ses émotions sont immédiatement lisibles. Les deux autres recueils sont plus rugueux ou plus denses, surtout Royaume scotch tape.

Peut-on lire ces livres si on ne se reconnaît pas dans leur univers ?

Oui, et c’est même souvent ce qui rend la lecture intéressante. Tu peux entrer dans ces textes par la langue, le rythme et la puissance des images, même si le vécu raconté n’est pas le tien. Dans la pratique, ils ouvrent souvent des perspectives nouvelles sur le corps, la violence et la liberté.

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