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Sans dedans-dehors

« Ouin, boff. »

C’est la réaction que j’ai en voyant enfin le résultat de ma dernière année de travail acharné. On attendait cet événement avec impatience au bureau : plus la semaine avançait, plus l’excitation se sentait, et on pouvait deviner qu’elle était inversement proportionnelle à la qualité du sommeil de mes collègues et de moi-même. On avait bossé dur. Et tout était comme ça devait être. Pourtant, c’était pas ça.

On avait choisi nos tenues à l’avance, comme si c’était le bal de promotion. J’ai opté pour robe noire, ben simple. La plupart des filles en arboraient une, d’ailleurs. Black is the new black. Enfin.

Nos clients semblent s’amuser, pourtant, avec des drinks à 10$ dans les mains. La soirée va vraiment bien, c’est pas ça le problème.

Non, le problème, c’est moi.

Je m’impressionne pas.

Je m’impressionne plus.

Je suis blasée. L’enfer!

J’ai beau avoir bu 3 cafés pis trembloter de stimulation, j’apprécie pas ce que je vois. Je préfèrerais être en pyjama chez moi en train de regarder des films, et même là, je les apprécierais pas. Je suis même pas fière de moi!

« Delphine, c’est l’heure de ton speech! Enweye! », me lance Julia en me prenant par les épaules, pendant que son haleine de clope me passe sous le nez.

« Oh mon dieu, t’es allée fumer sans moi… Traitresse! »

Elle rit.

« J’ai pas mal plus envie d’une cigarette que d’un exposé oral, drette-là. »

Elle me traine jusqu’à la scène pis me pousse devant le micro :

« Bonjour tout le monde! Je suis vraiment contente de vous voir, tous réunis, aujourd’hui, à notre événement. On est tellement fiers du résultat de notre travail de cette année… »

J’ai jamais aussi peu cru mes dires que ce soir. Même si, en vrai, c’est toujours pareil. Je me sens vide-vide-vide. C’est pas pour rien que mon discours sonne creux. Ma vie est basée sur l’attente de ce qui vient après. Après le travail, demain, la semaine prochaine. Même mes passions ne me stimulent plus. Je passe le plus clair de mon temps à abandonner mes projets personnels parce que je les feel pas. Je feel rien. Le temps passe trop lentement et trop vite à la fois. Je m’ennuie tellement que je vois pas le temps passer. J’ai pas le goût de pleurer, mais j’ai pas le goût de rire non plus. Chaque fois que je suis seule, je déprime. Comme s’il fallait sans arrêt que quelqu’un soit là pour me changer les idées.

En public, ça ne paraît pas. Je reste enjouée, je reste allumée. Mais dès que je me retrouve laissée à moi-même, je me fouette à coup de négligence. Je demeure passive. Y manque des morceaux à mon casse-tête, pis j’attends qu’ils reviennent tout seuls. J’ai trop peur de les chercher, d’un coup que je me rends compte que je les ai vraiment perdus.

Mon discours se termine. On m’applaudit.

Je souris, lève mon verre et remercie la foule.

Julia me prend dans ses bras.

« Je suis tellement fière de ce qu’on a accompli. »

« Moi aussi… »

Crédit : Frederic Forest

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