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Je veux te faire crier

« Ceux qui ont du fun dans la salle, faites du bruit! » dit l’humoriste ou l’animateur de foule. « Par applaudissements, qui c’est qui voudrait voir plus de totons? » Ce sont des phrases que vous ne risquez pas d’entendre dans les bars de danseuses d’aujourd’hui. Prochainement, le bar Le Folichon, établissement reconnu depuis des décennies pour ses danseuses nues, célébrera ses 35 ans.

Du vaudeville au burlesque, du go-go dance à la danse de poteau et jusqu’aux isoloirs, il s’est passé une cinquantaine d’années, la télévision, pis l’Internet. Dans ces bars, au début dans des salles pleines et excitées, les clappements sont devenus de moins en moins nombreux, pour laisser place aujourd’hui au son des machines à sous dans le fond de la salle et au grondement de la bass d’une énième toune RnB sans pouls sur laquelle une fille, sans encouragements du public, s’en va se montrer nue quelques minutes.

Que ce soit au Carol, au Lady Mary-Ann, au Folichon, le phénomène reste le même. Ce sont les mots du propriétaire du Folichon, Gaétan Bélanger, qui m’ont frappée : « Les filles dansaient en bikini. Les gars passaient le chapeau pour ramasser de l’argent pour que la danseuse enlève son soutien-gorge. Ça criait, c’était la folie! Aujourd’hui, elles sont toutes nues puis les gars trouvent le moyen de texter. »

J’ai constaté moi-même ce désintérêt de la femme nue en live lors du passage de Roxi D’Lite – couronnée plus d’une fois de titres glorieux dans le monde du burlesque, sommité dans la communauté qui fait le tour du monde et, aussi, christie de beau pétard – lorsqu’elle est venue faire une série de spectacles à Québec au Lady Mary-Ann. Moins de 20 personnes dans le bar, incluant le staff. Quatre dudes assis direct en avant qui n’ont jamais lâché leur cell alors que la belle se trémoussait cul et dentelle à l’air, comme une démone érotique. J’étais frue pour elle, j’étais en tabarnak. Tous ces efforts, cette chorégraphie et ces costumes pour être invisible. Pour laisser dans l’indifférence ces accros au WiFi.

Qu’est-ce que ça prend pour faire crier le monde? Est-ce que la porn nous a tellement mis de la corne au fond des pupilles que plus rien ne nous extasie, plus rien n’excite, ne choque ou fait rougir? Pourtant, selon les dires de M. Bélanger du Folichon, « Il y a une grande différence entre regarder une photo sur Internet et admirer une femme sur scène avec tout son charme. C’est mauditement plus fort qu’une photo! » Bon, peut-être que M. Bélanger ne va pas sur Brazzers ou PornHub souvent, mais qu’on parle de photo, de vidéo érotique ou pornographique, il reste toujours l’écran. Ce n’est pas dans ta face, en vrai, en live. Pourquoi l’image ou le cathodique viendrait arracher l’émoi autrefois réservé aux spectateurs chanceux?

Mais qu’est-ce qui fait que c’est rendu plate de regarder une femme se mettre à poil et faire sa cochonne?

Pendant que Rihanna et Drake flambent 17 000 $ comme si c’était de la petite monnaie, entre deux bâillements, dans un strip club de Houston en chantonnant « Make It Rain », ici, on ne s’émeut plus. On ne crie plus, on n’applaudit plus.

Je m’en inquiète, étant productrice de spectacles burlesques où le sein et la fesse sont à l’honneur. Qu’en sera-t-il quand le monde trouvera ça dull, banal? On dira d’avoir deux poids, deux mesures, car dans un spectacle burlesque on y vient davantage pour l’alentour du mamelon, si vous voyez ce que je veux dire. Le décorum, la patente, la mise en scène, le rire aussi. Mais reste que. Je tremble à l’idée de ce jour où femmes et hommes resteront de glace devant le spectacle de la nudité. #toutenue4ever

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